Journée internationale des femmes
1- Annie Tanguay: le réveil féministe à travers les actions du quotidien
2- Monique Fournier: seule femme au sein du conseil municipal de Matane

1- Publié le 14 mars 2010 à 09:00

Par son expérience de vie et ses qualifications, Annie Tanguay est en mesure de bien comprendre les différents phénomènes auxquels sont confrontés les femmes. (Photo Johanne Fournier)

Après douze ans comme serveuse dans les bars, Annie Tanguay ne pouvait plus supporter son impuissance face aux femmes qu’elle côtoyait et qui vivaient de graves problèmes. À l’automne 2009, la mère monoparentale de deux enfants obtient alors une attestation d’études collégiales en travail social avec Groupe Collegia de Matane. «C’est là que j’ai pris conscience que j’étais féministe», raconte-t-elle.

Après avoir été stagiaire pendant six mois au Regroupement des femmes de la région de Matane, elle agit à titre d’intervenante-animatrice pour l’organisme depuis un an.

Au cœur-même des problématiques

Lorsqu’elle travaillait dans les bars, Annie Tanguay était témoin et confrontée à toute la panoplie de problèmes sociaux vécus par les femmes: dépendance à l’alcool, aux drogues et au jeu, intimidation, viol, inceste, relations interpersonnelles difficiles, violence conjugale, grossesse non désirée... «Ces phénomènes-là, ça se passe la nuit», précise-t-elle. Sans trop savoir pourquoi, elle gardait les yeux ouverts sur ces phénomènes avec une grande sensibilité. «Je suis née avec un côté empathique», croit-elle.

«Je voyais tout ça, mais je n’avais pas les outils, se rappelle-t-elle. Je les écoutais, mais sans plus. Maintenant, j’ai les techniques, l’approche, les ressources et les connaissances pour intervenir.»

Elle retrouve la même clientèle

L’intervenante-animatrice retrouve certaines de ces mêmes femmes dans son travail. Aujourd’hui, elle est davantage en mesure de comprendre les causes. «Il y a beaucoup de problèmes de santé mentale, souligne-t-elle. On observe aussi un cercle composé de dépendance, pauvreté, problèmes dans le couple et difficultés parentales.»

Au Regroupement des femmes, Annie Tanguay se sent comme un poisson dans l’eau. «Aider les autres, il n’y a rien de mieux comme travail», estime-t-elle. Aujourd’hui, elle a tout ce qu’il faut pour intervenir auprès de la clientèle féminine.

Plusieurs ressources sont offertes

L’intervenante-animatrice fait de l’accompagnement et offre un service de références. Elle est aussi responsable du calendrier des activités. Celui-ci propose notamment aux femmes des ateliers portant sur différents thèmes, allant de la peinture à l’hypersexualisation.

Elle est également responsable d’éducation populaire. À ce chapitre, elle organise la chronique Toasts et café, pendant laquelle les femmes sont invitées à parler de différents sujets, tels que le deuil, l’intimidation et la dépression. Elle anime aussi le Café bricole, qui consiste principalement à briser l’isolement.

Mme Tanguay participe aussi à des actions collectives, qui prennent surtout la forme d’activités dans le cadre de certaines journées, comme celles des femmes, de la pauvreté et du 6 décembre. D’ailleurs, l’intervenante a contribué à l’organisation de la marche qui se tient le lundi 8 mars, dans le cadre de la Journée internationale des femmes. Annie Tanguay participe également à la tournée des villages qu’effectue annuellement le Regroupement des femmes.

La Voix Gaspésienne
........................................................................................

2- Publié le 15 mars 2010 à 09:00

Monique Fournier prend sa place au sein du conseil municipal de Matane, même si elle est la seule femme. (Photo Johanne Fournier)

L’automne dernier, alors qu’elle était à la barre de la Société d’horticulture de Matane depuis six ans, Monique Fournier sentait qu’il était temps, pour elle, de passer le flambeau. Elle souhaitait, à

ce moment-là, prendre un peu de recul par rapport à ses engagements. Elle n'a toutefois pas eu le temps de se reposer bien longtemps car un nouveau défi s’est présenté: la politique municipale. Elle ne savait pas alors ce qui l'attendait!

Les rouages de la politique municipale lui étaient inconnus. Mais son désir de s'engager et d'aider les autres l'ont encouragée à foncer. Elle savait qu'un travail de représentation dans son quartier ne serait pas facile, compte tenu que deux autres conseillers sollicitaient un renouvellement de mandat pour le même district. Elle a fait confiance à la population et lors du scrutin du dimanche 1er novembre, la population lui a accordé sa confiance.

Elle devenait alors la seule femme au sein du conseil municipal de la Ville de Matane. «Comme tout s’apprend et avec le désir d’aider, tout est possible, soutient-elle. Je suis capable de m'exprimer, j'ai un bon jugement, un franc-parler et une grande sociabilité.»

Dans un monde d’hommes

Au conseil municipal, Monique Fournier se retrouve donc dans un monde d’hommes. Pour elle, ce n’est pas un problème. «Je suis à l’aise dans mes nouvelles fonctions, indique-t-elle. Je connais très bien les autres membres du conseil, l'entente est très bonne car nous sommes tous là pour le mieux-être de la population.» Elle trouve même sa tâche plus agréable, du fait que le personnel de l'hôtel de ville possède la compétence pour répondre à tous leurs besoins. «Cela nous facilite la tâche», considère-t-elle.

C’est sans doute sa forte personnalité et son désir d’apprendre qui fait en sorte que Monique Fournier prend sa place dans un univers masculin. «Travailler dans un milieu masculin, je connais ça car j'ai 32 années de bons souvenirs à l'usine CIP de Matane, se rappelle-t-elle. Nous étions alors seulement deux femmes pour 150 gars!»

Elle encourage la relève

La jeune soixantenaire s'est engagée sur le tard en politique municipale, mais elle encourage fortement les jeunes femmes à relever le défi. Elle a d’ailleurs été mandatée par le conseil comme représentante pour appuyer le comité consultatif Femmes et ville. À Matane, nous avons des femmes exceptionnelles et de grande qualité avec beaucoup de ressources», dit-elle.»

Par contre, elle admet qu’il est plus difficile pour plusieurs jeunes femmes de conjuguer famille, travail et engagement municipal. «La politique exige beaucoup de temps et d'énergie, continue-t-elle. On peut comprendre qu'elles hésitent parfois, pour ces raisons, à s'engager dans de telles responsabilités.»

En cette Journée internationale des femmes, la politicienne exprime ce qu’elle ressent en citant le cinéaste François Truffaut: «Aucune femme n’est pareille. Chacune a quelque chose d’unique et d’irremplaçable.»
La Voix Gaspésienne