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Le 24 juillet 1534 à Gaspé, Jacques Cartier érigeait une croix dont l'emplacement exact soulève toujours la passion des historiens. Quatre cent cinquante ans et quelques poussières plus tard, la Fête de Cartier, fruit d'un effort collectif, célèbre en chansons et en activités familiales culturelles le passage de l'illustre explorateur dans la baie.
Passage de Jacques Cartier à Gaspé
Cartier raconte
Extraits de la relation originale du premier voyage de Jacques Cartier en 1534
Entrée dans le bassin de Gaspé
Et ledit jour XVIe, qui est Jeudi, le ven renfforça tellement que l’un de nos nauires perdyt une ancre, et nous conuynt entrer plus auant, sept ou huit lieues amont icelle riuiere, en vng bon hable et seur1 que nous auions esté voyr avec nos barques. Et pour le mauueys temps accauze et nonveue qu’il fist, fusmes en icelluy hable et ryviere jusques au XXVe jour dudit moys, sanz en pouoyr sortyr; durant le quel temps nous vint2 grant nombre de sauuages qui estoient venus en ladite riuiere pour pescher des masquereaulx3 desquelz il y a grant habondance; et estoient tant hommes, femmes que enffans plus de deux cens personnes qui auoyent envyron quarente barques, lesquelz après auoyr vng peu (esté) à terre auecques eulx, venoyent franchement avec leurs barques aborder prez de noz nauyres. Nous leur donnasmes des coulteaulx, pastenostres de voyrre, peignes et aultres besongnes de peu de valleur; de quoy faisoient plusieurs signes de joyes, leuant les mains au ciel en chantant et dansant dedans leurs barques.
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Le XXIIIe jour dudict moys nous fismes faire vne croix de trente piedz de hault, qui fut fete deuant pluseurs d’eulx, sur la poincte de l’entrée dudit hable4, soubz le croysillon de laquelle mismes vng escusson en bosse à troyes fleurs de lys, et dessus vng escripteau en boys en grant, en grosse lettre de forme où il y auoit Vive le Roy de France.
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À la découverte du premier voyage de Cartier
Extraits de l’article « À la découverte du premier voyage de Cartier »
Jacques Cartier à Gaspé
Le mardi 14 juillet au matin, il repart mais un vent adverse du nord-est et un banc de brume à la hauteur de la baie de Gaspé le forcent à s’y réfugier. Ancrés probablement à Pointe-Saint-Pierre, ses deux navires sont fortement secoués et le jeudi, l’un d’entre eux perd une ancre. Ayant déjà exploré le fond de la baie en barque, il décide de s’abriter dans un havre sécuritaire à sept ou huit lieues plus à l’intérieur. Nous « fusmes en icelluy hable et ryviere jusques au XXVe jour dudit mois, sanz en pouuoyr sortyr… » S’il n’eut pas fait mauvais temps, Cartier se serait-il arrêté dans la baie de Gaspé? Probablement pas car aussitôt que le temps le permettra, il reprendra la mer et poursuivra son voyage.
Dès son arrivée, il rencontre une population amérindienne venue y faire la pêche. Il remarque, par leur façon de s’habiller et de parler, les différences entre ces autochtones et ceux de la baie des Chaleurs. Les premiers appartiennent aux Iroquoiens de Québec venus pêcher à Gaspé durant l’été tandis que les deux autres groupes sont de la nation des Micmacs concentrés dans les Maritimes.
Le 24 juillet, soit dix jours après son arrivée, le mauvais temps force toujours Cartier à demeurer à l’abri dans le havre local. C’est alors qu’il fait faire par ses marins une croix haute de 30 pieds au croisillon de laquelle est inscrit en ronde-bosse « Vive le Roy de France ». Ses hommes l’érigent sur la pointe à l’entrée du havre, écrit le capitaine sans plus de précision sur son site.
C’est la seconde appropriation des « neufves terrres » par Cartier durant son voyage, la première, doit-on le rappeler, ayant eu lieu aux premiers jours de son arrivée dans l’anse Saint-Servan. Cette deuxième prise de possession officielle peut être vue comme une activité organisée pour occuper les équipages réduits à l’oisiveté depuis une dizaine de jours. Elle peut également signifier d’une manière plus claire encore, aux sujets de la couronne espagnole qui campaient non loin, l’annexion de ces terres au royaume de France. Enfin, dernière hypothèse, cette appropriation des terres peut renforcer aux yeux de Cartier la première prise de possession puisqu’il se croit peut-être assez enfoncé dans les terres neuves. La vérité historique se situe souvent à mi-chemin entre plusieurs hypothèses.
Quoi qu’il en soit, cette cérémonie n’a pas l’heur de plaire au chef de bande iroquoienne, Donnacona, qui part en canot avec son frère et ses deux fils haranguer les visiteurs européens. Le capitaine des Français feignant de vouloir troquer une hache contre une peau, les fait monter plus ou moins volontairement à son bord. On les fait manger et boire, on leur donne des cadeaux puis on leur dit que cette croix sert de balises aux navires. Ce que Donnacona semble accepter. Par la suite, Cartier habille les deux fils du chef, Domagaya et Taignoagny, de costumes de marin et les retient prisonniers quand vient le temps de partir, en promettant toutefois à leur père de les ramener l’année suivante. Promesse qu’il tiendra. Ce genre de kidnapping était courant chez les explorateurs, mais peu d’entre eux traitent les indigènes aussi bien que le pilote malouin.
Le lendemain, 25 juillet, le beau temps revenu, on appareille immédiatement.
BIBLIOTHÈQUE NATIONALE, Paris. « Cartier raconte », Magazine Gaspésie, vol. 37, no 3, hiver 2001, p. 23-24.
LANGEVIN, Louise. « À la découverte du premier voyage de Cartier », Magazine Gaspésie, vol. 37, no 3, hiver 2001, p. 35-36.
1 Avec un vent nord-est, le seul plan d’eau à l’abri dans toute la baie de Gaspé, et suffisamment calme pour qu’un navire sans ancre ne soit pas déporté, se trouve dans le bassin de Gaspé, à l’endroit nommé jadis « quai Davis ».
2 Ils ne sont donc pas à l’endroit où Cartier a abrité ses navires.
3 Cartier constate qu’ils ne sont que de passage.
4 L’identification de cette pointe a entraîné nombre d’opinions divergentes. La plus avertie, à notre avis, est celle de l’abbé Charles-Eugène Roy qui l’identifie à la pointe nord du bassin de Gaspé. (C.-E. Roy et Lucien Brault. Gaspé depuis Cartier, s.e., 1934, pp. 49-56) Aujourd’hui cette pointe est enterrée sous une autoroute, en face de centre commercial; une langue de terre dépasse encore malgré le remplissage. Il ne peut s’agir de la pointe de Penouille, séparée du lieu d’ancrage par un plan d’eau que le vent balaie- rappelons-nous qu’il vente toujours et qu’il y a de la brume. Penouille est aussi trop loin pour que Cartier puisse la joindre dans une matinée en plus de remplir tout l’horaire qu’il nous mentionne, en cet avant-midi du 24 juillet
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